mardi 29 janvier 2013

Les pays, de Marie-Hélène Lafon 9/10

Claire est une fille de paysans qui ne connaît Paris que fugacement, grâce à des courts séjours avec le père, au moment du salon de l'agriculture.
Ils montent à Paris avec la valise pleine de fromages et saucisses fabriqués à la ferme et se confrontent à la vie parisienne. Elève brillante, Claire grandit avec la certitude de vouloir exercer un métier plus intellectuel et le courage de rompre avec le pays dont elle est un pur produit. Robuste, sérieuse et travailleuse. Mais elle sent que son avenir est ailleurs. Après le bac, elle vient user ses pantalons démodés sur les bancs de la Sorbonne où commencera son initiation dans un autre monde.

C'est un petit bijou de littérature ce roman. D'abord l'auteur a une très très grande maîtrise de l'écriture et jongle avec des mots oubliés des romans actuels, en tout cas de ceux que j'ai lus dernièrement. C'est un vrai plaisir de la lire même si on doit parfois tourner les pages de son dictionnaire pour vérifier voire même découvrir la signification d'un mot : bonasse, résipiscence, le puiné, congruente, tumescence, roide, immarcescible, rutilance... rien que l'orthographe et la prononciation de ces mots me mettent en joie. Mais au-delà de ses qualités littéraires indéniables, son portrait de cette héroïne en pleine initiation de la vie est très juste, sans jugement aucun. On la suit pas à pas et on la voit se transformer au gré de ses rencontres, tant avec des familles d'intellectuels qui lui font découvrir l'art et la musique, qu'avec des gens de son pays, qui lui rappellent plus que jamais la distance qui la sépare des siens. Pour Claire, qui a choisi la voie des langues mortes et de l'enseignement, il n'y a plus de retour possible. Si son pays l'a façonnée,  Paris l'a rendue vivante.

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