vendredi 23 avril 2010

Naufrages, de Akira Yoshimura 9/10

Au Japon, dans un village coupé du monde et coincé entre mer et montagne, une communauté de pêcheurs vit au rythme des saisons. Isaku, un  jeune garçon de dix ans dont le père s’est vendu pour trois ans afin de faire vivre sa famille, devient du jour au lendemain responsable de leur survie et se fait le serment de les épargner de la maladie et de la famine. Initié aux croyances et rites ancestraux, il fait son apprentissage en attendant le retour du chef de famille.  Chaque saison apporte son lot de victuailles dont les villageois se nourrissent ou qu’ils échangent  au village voisin contre des céréales. Il y a la saison des sardines, celle des maquereaux, la saison où les feuilles du sommet de la montagne commencent à rougir, annonciatrices de l’arrivée des tempêtes. C’est alors que les hommes du village se mobilisent pour alimenter des feux sur la plage, destinés à attirer puis à piéger les bateaux de négoce qui viennent se fracasser contre les récifs. Sous l’autorité du chef du village et de ses conseillers, les villageois pillent leur chargement pour assurer la survie de la communauté… Isaku est témoin de cet événement exceptionnel qui va marquer un tournant dans la vie du village.

C’est un très beau roman d’initiation qui vous embarque d’abord doucement et dont l’intensité dramatique progresse crescendo. La description d’une vie quasi-monastique où l’on vit de pêche, de cueillette, de rites et de prières. Chaque habitant est concentré sur la survie de sa famille et compte les saisons qu’il leur reste avant le retour tant attendu de l’un des leurs, parti se vendre contre de l’argent. Le destin du jeune Isaku nous tient en haleine, on tremble avec lui dès que la fièvre s’empare d’un membre de sa famille ou quand il rate une saison de pêche. Saura-t-il tenir sa promesse ? Mérite-t-il la confiance qu’on lui a faite ? Dans cette vie primitive où les signes extérieurs de tendresse n’ont pas lieu d’être, on n’en ressent pas moins un grand respect de la famille et une affection qui se déclare dans les moments les plus anodins : l’apprentissage de la pêche, le partage d’un repas, la guérison d’une plaie par les plantes, le tissage d’un vêtement. C’est pudique et fort, sensible et violent, austère et authentique.

Ah et puis quel bonheur d’avoir lu ce livre dans un format Actes Sud… retrouver ce format que j’adore et le grain du papier si particulier, ça n’a rien gâché au plaisir !!

A mettre dans votre bibliothèque mais pas seulement pour faire joli !

Merci à Mme H. de Chatenay-Malabry de m’avoir sorti cette pépite de ses tiroirs !

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