samedi 10 avril 2010

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère 8/10


Au Sri Lanka, l’auteur et narrateur passe ce qu’il pense être ses dernières vacances en compagnie de son amie Hélène ; leur couple bat de l’aile, il n’arrive pas à être heureux, ils s’éloignent… jusqu’à ce qu’une vague géante ou tsunami déferle sur les côtes, emportant la vie de milliers de personnes et notamment celle de la petite Juliette, 4 ans, fille unique d’un couple rencontré pendant le séjour. Ce drame rapproche les deux couples, qui se sentent alors unis dans ce combat pour la vie… un peu plus tard, l’auteur apprend le décès d’une jeune-femme magistrate victime d’un cancer. Brillante, épouse comblée et mère de famille, elle succombe à la maladie. Confronté à ces drames dont il est témoin, l’auteur se sent missionné pour parler au nom des proches de ces victimes, pour comprendre l’impact d’un décès dans une famille, l’injustice qui touche même les plus justes, le deuil, l’importance de saisir le bonheur quand il est là…


La construction de ce roman est un peu étrange, avec les changements de points de vue d’un paragraphe à l’autre. A la manière d’un journaliste, Emmanuel Carrère retranscrit les pensées et confessions de ceux qui ont vécu la perte. Tantôt il prend la parole car il se livre à une auto-analyse tout au long du roman, tantôt il cède la place à ses interlocuteurs. C’est dur, car il évoque les préparatifs d’une mort annoncée, la peur pour une mère de quitter ses petites filles et d’abandonner son époux adoré. Mais il évoque également la mort brutale, imprévue d’une petite fille victime d’un accident de la vie. Il témoigne des conséquences de l’insertion de la mort dans un couple, et démontre que les proches des victimes se retrouvent sur le fil du rasoir… si elles penchent d’un côté, elles succombent aussi, si elles penchent de l’autre, elles optent pour la vie.


Certains passages sont donc très durs mais extrêmement bien vus et touchants. En revanche, j’ai trouvé que la façon de construire le roman manquait parfois de fluidité, avec notamment tout un passage sur le droit de la consommation. L’auteur nous fait un cours magistral sur le fonctionnement d’un tribunal d’instance qui certes permet de mieux comprendre les combats d’un des personnages, mais l’éloigne complètement du sujet principal. Ca donne parfois l’impression qu’il a voulu recaser dans son roman toutes les notes qu’il avait prises pendant la préparation de celui-ci, sans prendre soin d’en extraire ce qui n’était pas forcément indispensable pour étoffer son propos.


Malgré cela, il y a de beaux passages dans ce livre, qui est un vrai témoignage sur la perte d’un être cher. Ca donne d’autant plus envie de profiter de la vie et de ses proches.

Un roman bouleversant à découvrir.

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