jeudi 11 mars 2010

Le pavillon d'or de Mishima [8/10]


Une histoire pas comme les autres, qui s'inspire de faits réels : l'incendie du pavillon d'Or en juillet 1950, un trésor national japonais par un moine bouddhiste. Drame national sur fond d'après-guerre, la guerre de Corée n'est pas loin, le pavillon ayant survécu pendant plus de cinq siècles sans anicroche.

A partir de ce triste évènement, Mishima nous emmène sur une histoire possible des raisons ayant mené cet homme à commettre cet acte irréparable. Surtout, il nous invite à partager presque de manière philosophique sa conception de l'Amour et du Beau. A travers la vie de Mizoguchi, moine bègue et sans attraits une vie qui progressivement sombre dans une sorte de folie solitaire, égoïste et personnelle qui le mène sur la pente du mal absolu et le pavillon d'Or, symbole de cette beauté absolue doit être anéanti. Des rencontres fortuites le hanteront comme celle de Uiko femme rêvée, fantasmée, avec cette quête d'absolu qui se construit dans son esprit et qui au final ne peut pas être mise face au réel qui lui est bien inférieur, des déceptions qui s'accumulent même si elles ne sont pas forcément vécue de cette manière, le pavillon d'OR qui reste au centre de cette quête d'absolu. Chez Mizoguchi, toutes actions tendent à affronter, à s'opposer au beau; le beau doit disparaître pour que la vie, sa vie puisse commencer... Sa rencontre avec Kashiwagi, scelle un peu plus sa sainte horreur de la vie, cet étudiant aux deux pieds bots se révèle être d'un cynisme, d'une méchanceté et d'une bassesse sans commune mesure pour tout et les femmes en particulier, il y a derrière celui-ci des relents d'enfer... mais le personnage est bien intéressant.

Quelques scènes de légende dont celle-ci : "Sans rien changer à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait persque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond. Sans prétendre l'avoir, à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites tâches -, de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse"

S'il peut paraître un peu difficile d'accès, il n'en demeure pas moins un livre écrit de manièrre assez remarquable, d'une fluidité sans pareil et même si la trame de l'histoire est connue, il reste un roman qui vous envoûte littéralement emprunt de toute cette beauté et cette poésie dont Mishima connaît les arcanes

Pour approfondir sur la notion de "Beau" :

"L'IDEE DU BEAU
[...] "La beauté et la vérité sont en un sens identiques. Notamment, le beau doit être en lui-même vrai. Mais à regarder de plus près le vrai et le beau sont en même temps différents. L'Idée est vraie quand elle est comme Idée selon son « en soi », son principe universel, et quand elle est pensée comme telle. Ce n'est pas alors son existence externe ou sensible, mais seulement l'Idée universelle qu'il y a pour la Pensée. Cependant, l'Idée doit aussi se réaliser extérieurement et parvenir à une existence déterminée, présente comme objectivité naturelle et spirituelle. Le vrai qui est en tant que tel existe également. Or, dans la mesure où - dans cette existence
externe, - il est immédiatement pour la conscience, et où le concept reste en unité immédiate avec son apparence externe, l'Idée est non seulement vérité, mais aussi Beauté. Ainsi le Beau se définit comme le Reflet sensible de l'Idée [...]

Ainsi l'entendement ne sort jamais du fini, de l'unilatéral et du non-vrai. Par contre le Beau est en soi-même infini et libre. Bien que son contenu puisse être particulier et par là limité, il doit pourtant apparaître comme une totalité infinie en soi, comme liberté dans l'existence, le Beau étant le concept qui ne s'oppose pas à son objectivité... mais s'unit avec elle et par cette unité immanente, cet accomplissement est infini en soi. De la même façon, le concept en animant.,; de l'intérieur son existence réelle est libre dans cette' objectivité... Car le concept ne permet pas dans la beauté à l'existence' externe de suivre ses lois, mais détermine de lui-même son articulation et sa forme apparente..." Hegel Esthétique, I

Encore un poste de notre ami de blog culturel !!!

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