lundi 18 janvier 2010

Quartier Lointain de Jiro Taniguchi, Editions Casterman 9/10


Un quadragénaire désabusé fait une plongée 35 ans en arrière et revit son adolescence. Pourra-t-il changer le cours des choses ?
Un trait précis, des angles de vue stupéfiants et un sens du détail inouï, voila ce qui caractérise à mon sens le coup de crayon du japonais Jiro Taniguchi.

L’intégrale de Quartier Lointain rassemble les 2 tomes précédemment publiés séparément. Le scénario bien travaillé raconte l’histoire d’un quadragénaire père de famille qui a semble-t-il quelques problèmes d’addiction avec l’alcool. Il s’éloigne peu à peu de sa femme et de ses filles, oubliant l’importance qu’elles prennent dans sa vie. Un jour de travail comme les autres, sans pouvoir s’expliquer comment, il se réveille dans un train qui fonce à pleine vitesse vers la ville de son enfance. Il met ça sur le compte de l’alcool et décide d’en profiter pour retourner sur les traces de son enfance dans son ancien quartier et dans le cimetière où repose sa mère. C’est là que tout bascule pour lui, dans une sorte de faille spatio-temporelle qui le replonge quasiment 35 ans en arrière. Lorsqu’il reprend ses esprits, il s’aperçoit qu’il est coincé dans le corps de ses 14 ans. Ses pas le mènent alors naturellement vers la maison de son enfance où ses parents, sa grand-mère et sa sœur l’attendent pour dîner, comme tous les soirs. Pendant quatre mois, il va revivre une partie de son adolescence avec le recul dû à son âge véritable… Il séduit ses proches par sa profondeur, son recul et sa maturité mais il a perdu son innocence. Car une question le taraude : pourra-t-il empêcher l’inévitable départ de son père ?

L’auteur a eu la bonne idée d’utiliser cette espèce de fantasme universel de replonger dans le passé pour changer le cours des choses et profiter des bons côtés de la vie. Si le personnage admet vivre ses plus beaux jours, il n’en est pas moins transformé par sa connaissance du futur qui l’empêche de profiter pleinement de son histoire d’amour naissante, de ses amitiés avec ses camarades ou de ces moments de plénitude en famille dont il connaît déjà l’inéluctable déchirement à venir. Il en vient à se poser alors lui-même les questions qui ont torturé son propre père avant de prendre sa décision finale.
Un grand livre sur le sens de la vie qui nous embarque au fil des pages.

Du même auteur, Un zoo en hiver, très belle BD également sur les premiers pas professionnels d’un jeune dessinateur qui rêve de devenir mangaka. Une BD initiatique qui m’a séduite elle aussi par sa profondeur et la beauté des dessins.

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