mercredi 20 janvier 2010

Gainsbourg (Vie héroïque) de Joann Sfar

La vie de Gainsbourg vue par un réalisateur issu de la BD. De Lucien à Serge, de Gainsbourg à Gainsbarre, ses amours, sa peinture, sa musique, son physique, sa famille, ses origines… un bel hommage à l’homme à la tête de chou.

Joann Sfar, connu pour ses BD, s’attaque ici à un monument de la chanson française. Qu’on l’adore ou qu’on le déteste, Serge Gainsbourg ne peut en aucun cas laisser indifférent et on ne peut nier qu’il a laissé quelques pépites derrière lui.

Le film est une vraie réussite pour ce novice du cinéma qui a marqué la pellicule de sa propre poésie ; en insérant des personnages issus de son imaginaire dans la vie du chanteur, il réussit un pari pourtant risqué. Celui d’illustrer le double de l’artiste, un Gainsbourg plus dandy, plus séducteur, plus provocateur… celui qu’il n’ose parfois pas être à cause de sa timidité et de ses complexes physiques mais qui finira par le rattraper.

Le film démarre sur l’enfance du chanteur où l’on voit un garçon à la langue bien pendue et déjà amoureux des femmes. Sorti de l’école des Beaux-Arts, il joue dans les pianos bar pour payer ses toiles jusqu’à la rencontre avec les frères Jacques qui vont rendre célèbre son « Poinçonneur des Lilas ». Il devient alors célèbre pour ses talents de parolier et bientôt les chanteuses vont s’arracher ses chansons. Toujours à la recherche de la provocation, il s’amuse avec alors à faire chanter la très sexuelle « Les sucettes à l’anis » à une France Gall aussi ingénue que blonde. Amoureux des femmes, il enchaînera les conquêtes en séduisant des icônes de l’époque très différentes. La femme mystérieuse d’abord avec Juliette Gréco, puis la bimbo Brigitte Bardot avec qui il a vécu une vraie histoire d’amour. L’actrice est interprétée par une Laetitia Casta ondulante et sexy en diable dans ses cuissardes, très convaincante dans son rôle de BB. Et puis bien sûr il y aura la rencontre avec Jane Birkin, babydoll fragile et fraîche qui ne peut empêcher la descente aux enfers d’un Gainsbourg qui fricote d’un peu trop près avec la bouteille. Bambou, enfin, une femme enfant qui cherche à être protégée par un homme bien plus âgé qu’elle et avec qui il finira sa vie.

L’acteur Eric Elmosnino est ultra convaincant. D’abord physiquement, avec ses oreilles décollées et son nez proéminent mais aussi dans les attitudes et mimiques qu’il sait reproduire très subtilement. Ensuite dans son jeu et dans sa voix, dans son sourire insolent, dans sa timidité aussi. Il incarne à merveille un Gainsbourg perdu dans les volutes de sa gitane et de son imaginaire et qui se heurte parfois à la réalité. Tous les rôles secondaires sont parfaits, tant sur le plan de la ressemblance physique que dans l’interprétation. Enfin, la réalisation est originale avec le parti pris de traiter le double de Gainsbourg qui est très réussi et qui insuffle une dimension poétique ; le choix aussi de montrer le Gainsbourg intime plutôt que l’homme de scène et de comprendre ses failles qui le rendent attachant. Enfin la musique bien sûr, si on aime le chanteur on prendra forcément son pied avec la bande son.

Le film est dédié à Lucy… c’est en épluchant ma courgette que j’ai compris qui elle était. Lucy Gordon, l’interprète de Jane Birkin qui s’est donné la mort après le tournage. C’est dommage, on l’aurait bien revue dans d’autres films. Quand au rapport entre la courgette et Lucy Gordon, ne me demandez pas…


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